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Gideon Levy – Ha’aretz – 1er février 2015

Pour la question la plus fatidique, un autre mandat pour Netanyahu serait un désastre, mais une victoire du camp sioniste pourrait être un désastre pire encore.

Un seul scénario est pire que la réélection le 17 mars de Benjamin Netanyahu comme Premier ministre, et c’est l’élection d’Isaac Herzog, du Parti travailliste (le Labor) (et de sa partenaire politique Tzipi Livni). Un autre mandat pour Netanyahu serait un désastre, mais une victoire du camp sioniste pourrait être un désastre pire encore.

Oui, c’est vrai, il n’y a aucune comparaison entre Herzog et Netanyahu – ou entre leurs partis. Herzog est quelqu’un de modéré, modeste, juste, qui est bien mieux apprécié que Nethanyahu ; on peut dire la même chose pour Livni.

Et le groupe du camp sioniste à la Knesset est de bien meilleure qualité que celui du Likoud. Non seulement le camp sioniste n’a pas de voyous comme en a le Likoud, mais il n’a non plus personne avec des idées nationalistes et racistes pratiquant l’incitation et l’agitation. Les parcours de la plupart des candidats du camp sioniste sont beaucoup plus impressionnants.

Maintenant, supposons une victoire du camp sioniste. Jubilation ; Netanyahu sera évincé et un nouveau jour naîtra en Israël avec un gouvernement Herzog-Livni. En fait, le premier changement, et le plus dramatique, viendra de l’étranger : un soupir de soulagement dans le monde entier.

Pas un homme d’État dans le monde ne sera navré de voir Netanyahu s’en aller, autre peut-être que Hassan Nasrallah du Hezbollah, et Khaled Meshal du Hamas. Tous seront heureux de la victoire des « modérés ». Le monde applaudira, Herzog sera invité à Washington et Livni à Londres – et vice-versa.

Et bientôt, comme promis, le « processus diplomatique », pour ne pas dire le « processus de paix », commencera. Herzog rencontrera le Président palestinien Mahmoud Abbas et Livni le dirigeant palestinien Ahmed Qurei, dans toute une série de séances photos émouvantes. Les encouragements dans le monde deviendront plus pressants.

Ce changement se produira juste alors qu’il apparaît que le monde en a assez de la politique israélienne, d’un Israël qui fait la nique au droit international, aux États-Unis et à l’opposition qui se manifeste à tous les niveaux dans le monde contre la poursuite de l’occupation.

Et juste au moment où il semble que des sanctions contre Israël – la seule façon non violente de pousser le pays à quitter les territoires – sont sur le point d’être prises –, ce sera celui où, de tous les temps, on applaudira Israël. Il n’y aura aucune perspective d’action à La Haye ou au Conseil de sécurité des Nations-Unies, aucune pression, et aucun châtiment. On se tait, diront-ils, ces négociations sacrées sont en cours.

Ces négociations, bien sûr, seront interminables, à moins que cette fois Abbas refuse de se prêter à cette farce. Herzog a déjà annoncé qu’il allait consacrer cinq (!) ans à des négociations, alors qu’elles pourraient se conclure en cinq semaines. Autrement dit, Herzog n’a aucune intention de parvenir à un accord. Au cours de ces cinq années, le monde ne mettra aucune pression : les deux côtés discutent.

L’occupation deviendra encore plus enracinée. Herzog a déclaré que son gouvernement allait poursuivre les constructions dans les « blocs de colonies ». Et l’ultime chance pour une solution à deux États – si elle existe encore – sera gaspillée. Herzog et Livni abuseront le monde et peut-être aussi les Palestiniens. Ces deux-là ne concluront jamais un accord juste.

Ce scénario ne doit surprendre personne. Herzog est à la barre du parti de l’occupation en Israël. Le Labor est la mère fondatrice de l’entreprise coloniale ; et il n’a jamais envisagé d’y mettre fin.

Sa responsabilité historique dans l’occupation est plus lourde que celle du Likoud. La troïka du Labor de Golda Meir, Yisrael Galili et Moshe Dayen l’a créée, Shimon Peres l’a poursuivie, et Herzog continuera dans la même voie. L’occupation est la maladie héréditaire maudite du Labor, profondément ancrée dans ses gènes. Le Labor occupera peut-être en douceur, alors que le Likoud et la droite religieuse nationaliste utilisent la violence. Bien, mais lequel est le pire ?

Dans une certaine mesure, le camp sioniste mettrait un arrêt à la législation anti-démocratique, à l’incitation contre les Arabes et peut-être aussi à notre attitude honteuse envers les demandeurs d’asile africains, tout cela étant des questions de la plus haute importance. Mais pour la question le plus fatidique, le camp sioniste ferait plus de mal que de bien. Ce parti israélien de la paix intoxiquerait le monde, un monde qui, dans son désespoir, se laisserait tenter à nouveau. Si Netanyahu est élu pour un autre mandat, cela ne se produira pas.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Haaretz