Ben Norton – Mondoweiss – 2 février 2015

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Un membre de la famille Adgluni regarde sa maison en train d’être démolie sur ordre des autorités israéliennes, à Beit Hanina, Jérusalem-Est, le 27 janvier 2014. Les autorités israéliennes ont prétendu que la maison avait été construite sur des terres qui n’appartenaient pas à la famille. (Photo ActiveStills)

En 2014, Israël a détruit 590 bâtiments palestiniens en Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, déplaçant 1177 personnes, selon une nouvelle étude de l’Office des Nations-Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). C’est le plus grand nombre de personnes déplacées en Cisjordanie depuis que les Nations-Unies ont commencé à surveiller cette question, en 2008.

Amira Hass résume les conclusions de l’OCHA dans Ha’aretz. Elle indique que, en 2014, l’Administration civile des Forces de défense israéliennes a détruit :

-* 493 bâtiments en Cisjordanie ;

-* les maisons de 969 Palestiniens en Cisjordanie ;

-* 97 bâtiments à Jérusalem-Est ;

-* les maisons de 208 Palestiniens à Jérusalem-Est ;

-* avec une moyenne de 9 bâtiments palestiniens par semaine.

En trois jours, du 20 au 22 janvier, 77 Palestiniens, des enfants pour plus de la moitié, sont devenus des sans-abri par ces démolitions. Rien que dans la semaine du 19 au 26 janvier, Israël a détruit 41 bâtiments palestiniens et rendu 45 ordonnances pour l’arrêt de constructions et 2 ordonnances pour des démolitions. Toutes ces structures appartenaient à des Bédouins et à d’autres communautés pastorales. Certains des bâtiments détruits étaient des dons d’organisations humanitaires européennes, et Israël a rendu une ordonnance pour l’arrêt de la construction d’un parc financé par des pays étrangers donateurs.

Les démolitions extra-judiciaires d’Israël se poursuivent en 2015. Rien qu’en janvier, Israël a détruit 77 bâtiments appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie, faisant, dans le froid de l’hiver, 110 sans-abri dont près de la moitié sont des enfants.

James W. Rawley, coordinateur résident et humanitaire des Nations-Unies, soutient que les démolitions violent le droit international. « Les démolitions qui aboutissent à des expulsions et à des déplacements forcés vont à l’encontre des obligations d’Israël stipulées dans le droit international et créent inutilement des souffrances et des tensions, » dit-il. « Elles doivent cesser immédiatement. »

L’OCHA écrit, dans un communiqué officiel :

« La politique d’urbanisme mise en oeuvre par Israël en Zone C et à Jérusalem-Est engendre une discrimination envers les Palestiniens, rendant extrêmement difficile pour eux l’obtention d’un permis de construire. De ce fait, de nombreux Palestiniens construisent sans permis pour pouvoir répondre à leurs besoins en logements, avec le risque que leur construction soit démolie. Les Palestiniens doivent avoir la possibilité de participer à un système d’urbanisation juste et équitable, qui assure la satisfaction de leurs besoins. »

Hass attire aussi l’attention sur le fait qu’ « Israël n’autorise pas de nouvelles constructions relativement à leur croissance démographique naturelle, et qu’il ne permet pas que des centaines de communautés avec quelque 300 000 habitants palestiniens soient reliées aux infrastructures ». Ceci ne laisse aux Palestiniens que trois options, dit-elle :

a – vivre dans des bâtiments surpeuplés et dans de mauvaises conditions ;

b – se déplacer dans les Zones A et B de Cisjordanie, ce qui est difficile à réaliser et onéreux, ou

c – construire sans permis.

Étant donné leur manque d’opportunités et de ressources, la plupart des Palestiniens n’ont d’autre choix que de reconstruire, et reconstruire encore, leur maison, sans permis, explique Hass.


Zone C

(carte OCHA – Nations-Unies)

(carte OCHA – Nations-Unies)

Les 493 bâtiments détruits en Cisjordanie étaient en Zone C, une division administrative définie dans les Accords II d’Oslo en 1995 et qui recouvre près des trois-quarts de la Cisjordanie. La Zone C demeure sous le contrôle de l’armée israélienne, Israël l’ayant occupée, illégalement, durant la guerre de 1967. Le Mémorandum de Wye River du 23 octobre 1998 stipule qu’Israël doit se retirer de 13 % de la Zone A, mais, une fois que ses troupes se sont retirées de 2 % de ce territoire, Israël l’a réoccupé intégralement avec son opération « Bouclier défensif ».

Aujourd’hui, les Palestiniens n’ont aucun contrôle sur 99 % de la Zone C, laquelle représente 61 % de toute la Cisjordanie. C’est dans cette région que sont concentrées les ressources les plus importantes et les plus lucratives de Cisjordanie. Dans un rapport de 2013, la Banque mondiale estime que sans « la capacité d’exercer une activité économique résolue en Zone C, l’espace économique de la Cisjordanie restera encombré et appauvri, habité par des gens dont les interactions quotidiennes avec l’État d’Israël sont caractérisées par les inconvénients, les dépenses et la frustration. »

Près de 300 000 Palestiniens vivent en Zone C, sous contrôle total de l’armée israélienne. Dans un article additionnel paru dans Ha’aretz en 2014, Hass note que :

« La population palestinienne en Zone C est considérée comme particulièrement vulnérable et a besoin d’une aide internationale en raison de son accès limité aux institutions éducatives et sanitaires, de son harcèlement par les colons, de la proximité des zones de tirs et d’une connexion insuffisante avec les infrastructures de l’eau et de l’électricité. »

Entre 300 et 400 000 colons israéliens se sont installés illégalement en Zone C. D’autres affluent toujours, la région est de plus en plus colonisée. En mai 2014, le ministre ultra-nationaliste de la Construction et du Logement, Uri Ariel, déclarait que la possibilité d’un État palestinien en était à son « dernier souffle », et il déclarait que la population de colons allait monter à 550 ou 600 000 d’ici 2019.

100 000 maisons détruites à Gaza

Les Palestiniens en Cisjordanie ne sont pas les seuls dont Israël a fait des sans-abri, « Israël a détruit ou endommagé 100 000 maisons, touchant plus de 600 000 personnes, » estiment les Nations-Unies.

En outre :

-* 26 écoles ont été détruites ;

-* 232 écoles ont été endommagées ;

-* 73 mosquées ont été détruites ;

-* 205 mosquées ont été endommagées ;

-* 13 hôpitaux publics ont été détruits ou endommagés ;

-* 17 hôpitaux privés et non gouvernementaux ont été détruits ou endommagés ;

-* 23 centre de santé ministériels ont été détruits ou endommagés ;

-* 4 centres de santé privés et non gouvernementaux ont été détruits ou endommagés ;

-* 50 % des terres agricoles ont été fortement endommagées ;

-* 419 entreprises et ateliers ont été endommagés, et

-* l’unique centrale électrique de Gaza a été détruite.

En tout, 100 000 Gazaouis ont été rendus sans-abri à la suite de l’agression. Les Nations-Unies estiment qu’il faudra 7,8 milliards de dollars et plus de vingt ans pour reconstruire Gaza. Bien que 5,4 milliards de dollars aient été promis lors d’une conférence internationale en Égypte en octobre 2014, « pratiquement aucun » de ces milliards n’est parvenu à Gaza, affirme l’UNRWA. Des milliers de Palestiniens ont été rendus sans-abri alors que l’hiver est glacial. Plusieurs personnes, dont des enfants, sont mortes de froid.

Le directeur de l’UNRWA à Gaza, Robert Turner, a tenu ce commentaire :

« Il est aisé de regarder ces chiffres et de perdre de vue le fait que nous parlons de milliers de familles qui continuent de souffrir par cet hiver froid avec des logements inappropriés. Les gens dorment littéralement au milieu des décombres ; des enfants sont morts d’hypothermie. Il a été promis 5,4 milliards de dollars US à la conférence du Caire en octobre dernier, mais pratiquement aucun de ces milliards n’est parvenu à Gaza. C’est navrant et inacceptable. »

À propos de Ben Norton :

Ben est écrivain et journaliste indépendant. Ses articles sont publiés dans Counterpunch, The Electronic Intifada, Common Dreams, ThinkProgress, et Znet, entre autres publications.

Son site : http://bennorton.com/

Pour le suivre sur Twitter : @BenjaminNorton.

Source: Mondoweiss

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine