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Ben White – Middle East Monitor – 20 décembre 2014

En 2012, l’ambassadeur israélien d’alors aux États-Unis, Michael Oren, écrivait un éditorial pour The Wall Street Journal, dans lequel il affirmait que « les Chrétiens (à Gaza et en Cisjordanie) souffraient de la même détresse que leurs coreligionnaires dans toute la région. »

Le diplomate cherchait ainsi à capitaliser les derniers événements au Moyen-Orient – comme l’avait fait Netanyahu aux Nations-Unies, avec son mantra, « le Hamas est ISIS », mais l’affirmation d’Oren selon laquelle les Palestiniens chrétiens seraient chassés par les musulmans est bien connue.

Israël et ses partisans ont tenté, pendant un certain temps, d’utiliser les Palestiniens chrétiens pour marquer des points dans leur propagande. Par exemple, en 1997, et pendant le premier mandat de Netanyahu comme Premier ministre, les médias israéliens citaient des sources gouvernementales pour des articles sur la prétendue « persécution brutale et implacable » à laquelle faisaient face les chrétiens dans les régions contrôlées par l’Autorité palestinienne.

Analysant cette couverture dans un article pour Arab Studies Quarterly l’année suivante, Donald Wagner affirmait que les sionistes chrétiens coopéraient avec le porte-parole du Premier ministre « pour exagérer et politiser les articles selon lesquels les chrétiens étaient persécutés et pour les diffuser à la presse internationale ».

C’était il y a près de vingt ans, et les mêmes tentatives continuent. Ceci malgré un certain nombre d’enquêtes, au cours des dernières années, qui indiquent que les causes de la réduction de la population chrétienne trouvent leurs racines dans les conditions politiques et économiques de l’occupation et du régime d’apartheid israéliens.

En 1993, 88 % des Palestiniens chrétiens interrogées à propos de la cause de l’émigration ont indiqué la situation économique. Revenons en 2006, où les trois quarts des Palestiniens chrétiens interrogés alors ont cité les conditions politiques et l’emploi comme causes de l’émigration. Dans un sondage distinct auprès des habitants de Bethléhem réalisé la même année, 78 % de chrétiens ont dit que « l’agression et l’occupation israéliennes » étaient « la principale cause de l’émigration ».

Dans le même temps, dans une enquête de 2008 sur les causes de l’émigration, une personne sur trois a répondu, « le manque de liberté et de sécurité », une sur quatre, « la détérioration de l’économie », et seulement 0,8 % ont choisi « la fuite devant l’extrémisme religieux ».

Mais les Palestiniens chrétiens ne sont pas seulement touchés par l’apartheid israélien, ils résistent aussi contre cet apartheid – et ce faisant, ils s’inscrivent en faux contre la stratégie sioniste du diviser pour régner. En voici trois exemples.

Le premier : ils sont en train de revenir, et ils essaient de défendre leurs terres – en Galilée et en Cisjordanie. En 1948, Iqrit – près de la frontière libanaise – a été ethniquement nettoyée par les forces israéliennes, ses habitants ont promis qu’ils reviendraient. Cette promesse n’a jamais pu être tenue, et leurs maisons ont été démolies.

Depuis les années soixante-dix, les villageois déplacés « ont recommencé à célébrer leurs cérémonies religieuses dans leurs églises tout en vivant un exil forcé » – et en 2012, « un groupe de jeunes d’Iqrit a pris les choses en main en lançant une action permanente, vivant à l’intérieur de l’église du village. »

Et ce n’est pas que la jeunesse d’Iqrit : en avril, une famille palestinienne chrétienne a tenté de célébrer un baptême dans une église d’al-Bassa, « qui est aujourd’hui la zone industrielle dans le nord de la ville juive de Shlomi », « Nous avons été attaqués par les résidents juifs. Le maire de Shlomi, Gabi Naaman, a présenté cette tentative de baptême pour restaurer et utiliser l’église comme une « intrusion illégale » ».

Au même moment, à Beit Jala, dans la grande agglomération de Bethléhem, les Palestiniens chrétiens du lieu étaient à l’avant-garde des efforts pour protester contre la politique israélienne de confiscation des terres, notamment en célébrant une messe hebdomadaire sur le site menacé.

Deuxième exemple : les Palestiniens chrétiens de citoyenneté israélienne ont résisté aux efforts renouvelés de l’État pour leur fragmentation et leur division, étant, en tant qu’ « Arabes chrétiens », désignés pour être enrôlés dans l’armée.

Il y a quelques jours seulement, le Premier ministre Netanyahu s’est rendu dans la Haute Nazareth (une ville à majorité juive construite sur les terres expropriées de Nazareth) pour assister au Forum israélien pour le recrutement des chrétiens, un groupe dirigé par le père Gabriel Nadaf.

Plus tôt dans l’année, des représentants d’institutions nationales orthodoxes dénonçaient les tentatives visant à recruter des Palestiniens dans l’armée israélienne, et ils ont insisté sur le fait que « ceux qui appelaient au recrutement et encourageaient la jeunesse chrétienne à rejoindre l’armée d’occupation ne représentaient pas l’église et ne représentaient pas les chrétiens dont la majorité rejette le recrutement militaire dans sa totalité. »

C’est la jeunesse palestinienne en général qui s’est impliquée dans la résistance à la conscription et au service national, un militantisme qui provoqua des mesures répressives de la part de l’État – dont des assignations à résidence pour des messages sur les médias sociaux.

Troisième exemple : les Palestiniens chrétiens se sont aussi impliqués dans l’élaboration de réponses théologiques à l’occupation israélienne, à la fois pour leurs propres communautés, et aussi comme moyen pour communiquer avec les chrétiens d’Occident.

Un exemple frappant en est le document Kairos Palestine, une oeuvre de dirigeants, membres du clergé et théologiens locaux, qui s’adresse aux Palestiniens, aux Israéliens, « frères et sœurs chrétiens dans l’Église à travers le monde », dans un appel à la solidarité.

Kairos Palestine a récemment commémoré le cinquième anniversaire de son lancement par une conférence à Bethléhem, avec, parmi les thèmes, la théologie, un plaidoyer, le travail de la jeunesse, la résistance populaire, le tourisme/pèlerinage, et la solidarité.

Et puis, il y a aussi le travail mené depuis très longtemps par Sabeel, Centre œcuménique de théologie de la libération, et plus récemment, et par l’Église évangélique occidentale, avec la conférence Le Christ au Check-point. Le premier a été établi autour du travail du théologien palestinien Naim Ateek, tandis que la seconde est dirigée et façonnée par le jeune universitaire palestinien chrétien Munther Isaac.

Qu’il s’agisse de chercher à revenir sur leurs terres ou de la préserver de la colonisation sioniste, de résister aux tentatives de diviser et conquérir, ou de déclarer leur résistance communale dans une théologie contextualisée, les Palestiniens répondent à la « crise » de l’apartheid israélien par une myriade de manières. Ainsi ils mettent en évidence à la fois la malhonnêteté de la propagande du lobby pro-Israël, et la véritable nature de la politique israélienne qui considère tant les Palestiniens musulmans que les Palestiniens chrétiens comme une même population colonisée, destinée à être contrôlée, parquée, ou expulsée.

Source: Middle East Monitor

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine