Hassan, jeune lyonnais qui tient une page facebook « H & O Production » a été arrêté et intimidé pour avoir diffusé des informations (qui étaient déja publiques comme on peut le lire dans le témoignage de Hassan) sur les soldats français qui servent dans l’armée d’occupation israélienne.

Nous republions son témoignage ci-dessous. L’Agence relaye également son appel à soutien sur « Le Pot Commun« :

Le témoignage de Hassan:

« Je suis passionné d’informatique et je travaille sur la recherche de renseignements ouverts, et ce sur la base de données libres.

Récemment, le Ministre de l’intérieur, Monsieur CAZENEUVE, a dit vouloir poursuivre en justice les ressortissants français allant combattre hors du territoire, notamment en insistant lourdement sur les combattants Djihadistes français partant en Syrie. Un parallèle entre ces personnes s’en allant faire la guerre à l’étranger, pour le compte de puissances étrangères, et les français s’engageant l’armée de l’Etat israélien pour participer à l’opération militaire « Bordure protectrice » m’a semblé devoir être fait.

Le fait que je sois devenu le parrain d’un orphelin et que je me sois par le passé rendu à Gaza, m’a rendu particulièrement sensible à l’ampleur du massacre en cours à l’encontre de la population civile.

Au quotidien, la diffusion de vidéos et autres supports d’informations ont permis à ma page H&O Production d’avoir une large tribune, j’en ai donc profité pour parler de l’actualité à Gaza. Face au comportement de certains médias vis à vis des massacres en cours, le but de cette démarche était d’offrir une autre information, plus proche de la réalité. Parmi les Gazaouis, on compte un très grand nombre de victimes civiles, avec une forte proportion de personnes âgées, de femmes, d’enfants, d’handicapés et de malades pris en charge dans les hôpitaux de Gaza.

Rapidement, j’ai pu constater de nombreux comportements virulents de la part de sympathisants à l’Etat d’Israël vis-à-vis des différentes publications dénonçant l’ »opération Bordure Protectrice », ce qui entrainera une censure des commentaires les plus vindicatifs et insultants, ainsi que le bannissement des personnes publiant ce type de commentaires. De même, les personnes qui tenaient des propos haineux à l’encontre des personnes de confession juive, ont été pareillement censurées. Ce n’est pas mon cas. Ce que je dénonce sur cette page sont les tueries massives de civils commises par l’armée israélienne à Gaza ces dernières semaines.

J’ai rapidement eu le sentiment que se limiter à la diffusion d’informations d’actualités était insuffisant. Et je me suis intéressé à la problématique française, c’est-à-dire la participation de nationaux, de leur plein gré et de façon assumée publiquement, à cette opération militaire dans les rangs de cette armée étrangère. Il m’a semblé important de dénoncer le contingent de français s’engageant volontairement dans l’armée de cet Etat étranger, participant ainsi à ce massacre de masse.

Désireux de mettre en œuvre une action pacifique, en écho aux propos du Ministre de l’Intérieur, j’ai décidé de rechercher, sur la base de données rendues entièrement libres d’accès par leur propres auteurs, des ressortissants français combattant pour l’Etat d’Israël au sein de l’armée de Tsahal, durant cette « Opération Bordure Protectrice ». Toutes les informations recueillies ont été trouvées sur les réseaux sociaux, partagées par les personnes elles-mêmes via leur compte personnel Facebook, en paramètres de publication ouverts, et donc entièrement publiques.

J’ai alors repris les identités (Nom, Prénom, ville) et grades de cinq personnes dont la Directrice de l’Unité de Système Informatique central de fourniture de services de traitement de données pour toutes les armes et l’état-major de l’armée Israélienne. L’idée n’était pas une « importation du conflit » comme on a tenté de me le reprocher, mais la dénonciation de la participation au comportement criminel et contraire au Droit International de l’armée de Tsahal, comportement que je considère comme terroriste.

Au bout de 3 heures à peine, la Directrice de l’Unité de Système Informatique intervient en tenant des propos menaçants, m’informant que son identification lui importait peu étant donné son désintérêt pour la France. Plusieurs messages privés de proches et de soldats de l’armée Israélienne s’ensuivront avec menaces de mort, de localisation et de tortures. Parmi ces messages : « j’ai quelques amis qui vont très vite te trouver » ; « on va vite te trouver (…) Tu finiras par regretter tes paroles ».

Après l’intérêt suscité par ces publications, de nombreuses réactions et commentaires ont été publiés. La gestion de cet ensemble étant devenue difficile à contrôler faute de temps, j’ai préféré supprimer les identités des soldats de l’armée Israélienne. Mais je souligne que ces personnes ont fait le choix d’afficher leur appartenance, leur grade, le nombre de victimes faites, et d’autres informations concernant leur engagement dans l’armée de Tsahal. Aussi, ces informations ont été recueillies par la recherche de renseignements de sources ouvertes c’est-à-dire un renseignement obtenu par une source d’information publique donc légal.

Par la même occasion, j’ai pris contact avec un avocat au barreau de Lyon, pour m’assurer que rien dans mes agissements n’était illégal. Les données étant publiques, l’avocat me confirme la légalité de mes actes.

Le jeudi 7 août 2014, aux alentours de 9 h du matin, se présentent à mon domicile six enquêteurs de la Brigade Criminelle communément appelée « La Crim ». La capitaine insiste sur l’importance de leur venue en me rappelant que « La Crim » se déplace habituellement pour les homicides. Mais aujourd’hui, affirme-t-il, ils ont été diligentés par les plus hautes sphères de l’État. Il me demande si je connais l’objet de leur présence. je réponds que cela est sans doute lié à mes publications sur la page Facebook de H&O Production, ce à quoi on me répond par l’affirmative. Parmi les policiers présents se trouvait un spécialiste en informatique.

La capitaine en charge de l’affaire me demande de signer une autorisation de perquisition. Les policiers l’accompagnant se sont montrés particulièrement nerveux et insistants pour la signature de celle-ci, perquisition que je refuse catégoriquement. Je demande à contacter mon avocat, ce qui m’est accordé. Celui-ci étant injoignable, j’appelle une personne pouvant entrer en contact avec lui. Lorsque cette personne me rappelle, la capitaine de police m’arrache le téléphone des mains. Elle m’informe que je serai placé en garde à vue et me rappelle que cette arrestation vient des plus hautes sphères du gouvernement. De nouveau, on m’incite de manière musclée à signer le document de perquisition ; je m’y oppose une nouvelle fois et celle-ci est donc impossible. Après un appel de la police au Procureur, je suis emmené au commissariat Marius Berliet, à Lyon 8ème.

Je demande une fois encore à pouvoir appeler mon avocat, ce que l’on m’accorde. Son associé, spécialisé dans le pénal, se déplace au commissariat pour que soit possible mon audition, en sa présence.

À son arrivée, lors de mon entretien en privé avec lui, il m’informe n’avoir été mis au courant d’aucune information me concernant, et donc ne pas connaître les chefs d’accusations retenus et ne pas avoir accès au dossier. Il me demande donc de lui raconter le détail de ce qu’il s’est passé, puis dépose un mémoire écrit dans lequel il dénonçe le fait de ne pas avoir eu accès aux pièces constituant le dossier.

Mon avocat souligne que les données publiées ont été récupérées de façon légale. En effet, celles-ci sont partagées de manière publique par les personnes elle-même, je n’ai fait que partager leurs propres informations. Je suis alors auditionné par la capitaine, alors que mon avocat s’étonne auprès de l’enquêtrice, qu’à ce stade de la procédure, il ne soit toujours pas informé de la nature de l’infraction qui me serait reprochée. La capitaine l’informe alors qu’il s’agit d’infractions à la loi selon les articles 226-19 et 226-22 du Code Pénal.

La capitaine m’a ensuite posé nombre de questions relatives à l’identité d’une personne en particulier dont j’ai partagé les informations. Elle me précise que la mère de cette personne a déposé une plainte à mon encontre. Il est sous-entendu que cette personne ayant déposé plainte aurait assez d’influence pour que cette plainte passe par les plus hautes instances de l’Etat français. Il s’agit, selon mes souvenirs, d’un parachutiste, ou d’un pilote d’avion ayant participé directement aux opérations à Gaza lors de l’opération « Bordure Protectrice ».

Je réaffirme à la capitaine de police que j’ai partagé ces informations, préalablement et publiquement partagées par les personnes elles-mêmes, afin que celles-ci répondent devant la justice de leurs actes et implication dans les massacres perpétrés à Gaza.

La capitaine me demande combien de personnes j’ai identifié au total, et tente de m’accuser sans succès d’un acte de piratage. Je fais valoir que rien d’illégal ne sera trouvé dans mon ordinateur. Il m’est alors demandé si d’autres informations concernant des militaires franco-israéliens se trouvent consignées dans mon ordinateur, je réponds oui. On me demande combien, de mémoire, j’indique qu’il en reste moins d’une dizaine.

Suite à ces questions, la capitaine de police m’accuse d’avoir voulu « jouer au journaliste », je me défends en arguant n’avoir fait que diffuser des informations publiques. J’explique notamment avoir eu accès aux informations, libres, concernant un sniper se vantant sur Facebook d’avoir tué 13 enfants palestiniens, et ce, de façon parfaitement publique par le sniper lui-même. Une fois encore, la capitaine insiste pour savoir si ces informations relayées l’ont été suite à un acte de piratage.

Mon avocat demande alors de pouvoir poser des questions, ce qui lui est refusé. La capitaine lui indique alors que ces questions pourront être posées lors du prochain entretien. À la relecture du procès-verbal, mon avocat demande la réécriture d’une partie de ce dernier, puisqu’il y est indiqué qu’il n’aurait pas voulu poser de question mais simplement que le mémoire qu’il a rédigé soit joint au procès-verbal d’audition. Le procès-verbal est donc réécrit, après insistance, avec la mention du refus de la capitaine de permettre à mon avocat de me questionner lui aussi directement à la fin de l’interrogatoire, comme la loi l’y autorise.

Je suis alors replacé en cellule, avant de devoir accompagner à mon domicile les policiers pour procéder à la perquisition de celui-ci. Y sera saisi l’intégralité de mon matériel informatique, un ordinateur fixe, un ordinateur portable ainsi que des disques durs externes. Il m’est indiqué que ce matériel est saisi pour une durée pouvant aller de 8 mois à 1 an. Au total, la saisie de mon matériel de travail s’élève à une valeur de près de 5 000 euros. De retour au commissariat, mon matériel est donc mis sous scellé et l’on prend alors mes empreintes avant de me replacer en cellule de garde à vue. Je suis ensuite auditionné une nouvelle fois, en présence de mon avocat. La plupart des questions mises en mémoire par mon avocat me sont alors posées par la capitaine de police :

Est-ce que vous visiez le soldat personnellement, en raison de sa nationalité, ou bien vouliez-vous dénoncer les actes commis par l’armée israélienne dans sa généralité ?

Je réponds à cela que je visais bel et bien l’armée dans son ensemble et non pas un individu de façon isolée ou pour une autre raison que l’implication de l’armée dans laquelle il s’était volontairement engagée, dans les massacres en cours à Gaza.

La capitaine me questionne alors sur mon répertoire téléphonique, ce dernier copié et passé au peigne fin par « La Crim », s’attardant particulièrement sur des personnes avec lesquelles j’aurais beaucoup échangé par téléphone. Je perçois une volonté de savoir si j’appartiens à un groupe de hackers ou si je me trouve être un citoyen isolé dans cette démarche de partage de données publiques concernant lesdits soldats franco-israéliens.

Au terme de 24 heures, je demande à être libéré, ce que la capitaine refuse. Je suis donc gardé à vue pour une nouvelle audition. Finalement, le lendemain, je suis libéré, sans qu’on me délivre un document attestant de ma garde à vue ni que soit averti mon avocat, que j’informe donc moi-même à ma libération. Avant de quitter les locaux, je demande aux policiers quelles suites seront données. On m’informe qu’une deuxième personne proche de H&O Production sera auditionnée. On m’informe d’une interdiction de changer d’adresse ou de numéro de téléphone sans en informer au préalable la Brigade Criminelle, le cas échéant une recherche à échelle nationale serait lancée à mon encontre.

Enfin, il m’a été indiqué que ma mise en garde à vue pour cette affaire a été actée par le Ministère de l’Intérieur et le cabinet de la Garde des Sceaux le 23 juillet, l’intervention de la Brigade Criminelle et de la Police Judiciaire attestant qu’il s’agit, pour la Justice française, d’une grosse affaire. »