Mehdi Hasan
Huffington Post UK, 28 juillet 2014

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Alors que les trêves « humanitaires » se multiplient sans succès et qu’une issue diplomatique peine à se concrétiser, le directeur politique du Huffington Post UK, Mehdi Hassan, discrédite 11 mythes avancés par l’État d’Israel autour du conflit en s’appuyant sur des rapports officiels d’ONG, de l’ONU, ainsi que des articles publiés dans des médias internationaux et des sources présentes sur le terrain.


1) La bande de Gaza n’est pas occupée par Israël

Boston Globe: « Les zones tampons imposées par Israël absorbent maintenant près de 14 % du territoire de Gaza et au moins 48 % des terres cultivables. Pareillement, la zone tampon maritime couvre 85 % de la zone maritime promise aux Palestiniens dans les accords d’Oslo, réduisant 28 milles nautiques à trois ». Human Rights Watch: « Israël continue aussi de contrôler le registre de la population des habitants de la bande de Gaza, des années après qu’il en ait retiré ses forces terrestres et ses colonies ». B’Tselem, 2013: « Israël continue de maintenir un contrôle exclusif de l’espace aérien et des eaux territoriales de Gaza, comme il l’a fait depuis qu’il a occupé la bande de Gaza en 1967 ».

2) Israël veut un cessez-le-feu mais pas Hamas

Al Jazeera: «Meshaal a dit que Hamas veut que ‘l’agression stoppe demain, aujourd’hui ou même cette minute. Mais [Israël doit] lever le blocus avec des garanties et non avec une promesse de futures négociations’. Il a ajouté ‘nous ne fermons pas la porte à tout cessez-le-feu humanitaire renforcé par un véritable programme d’aide’». Jerusalem Post : « Un jour après qu’un cessez-le-feu arrangé par l’Égypte, accepté par Israël mais rejeté par Hamas, ait échoué, l’organisation terroriste a proposé un arrêt des hostilités de 10 ans en échange de l’acceptation de ses conditions par Israël, a rapporté Channel 2 mercredi. Les conditions de Hamas étaient la libération des prisonniers palestiniens libérés lors de l’accord Shalit et arrêtés de nouveau, l’ouverture des passages frontaliers Gaza-Israël pour permettre aux citoyens et aux biens de passer, et une supervision internationale du port de Gaza au lieu du blocus israélien actuel ». BBC: « Le cabinet de sécurité d’Israël a rejeté ‘tel qu’il est’ une proposition de cessez-le-feu d’une semaine mise en avant par le secrétaire d’État US John Kerry ».


3) Israël, contrairement à Hamas, ne vise pas délibérément et civils

The Guardian: « C’est là que le deuxième obus [israélien] a touché la plage, ceux qui tiraient ajustant apparemment leur feu pour viser les survivants qui s’enfuyaient. Alors qu’il explosait, les journalistes situés sur la terrasse on crié : ‘Ce ne sont que des enfants’». Navi Pillay, haut commissaire de l’ONU pour les droits humains: « Un certain nombre d’incidents, ainsi que le grand nombre de morts civiles, dément l’affirmation [israélienne] que toutes les précautions nécessaires ont été prises pour protéger les vies civiles ». Mission d’enquête de l’ONU sur le conflit de Gaza, 2009: « Les tactiques utilisées par les forces armées israéliennes dans l’offensive de Gaza sont en accord avec les pratiques précédentes, le plus récemment pendant la guerre du Liban en 2006. Un concept appelé doctrine Dahiya a alors émergé, impliquant l’usage d’une force disproportionnée et causant de grands dommages et destruction aux biens et aux infrastructures civiles et de grandes souffrances aux populations civiles. La mission conclue de l’examen des faits sur le terrain que ceci semble précisément ce qui a été mis en pratique ».


4) Seul Hamas est coupable de crimes de guerre, pas Israël

Human Rights Watch: « Les forces israéliennes peuvent aussi avoir volontairement ou imprudemment attaqué des personnes clairement civiles, comme de jeunes garçons, et des structures civiles, dont un hôpital – violation des lois de la guerre indicatrices de crimes de guerre ». Amnesty International: « Attaquer délibérément un habitat civil est un crime de guerre, et l’échelle écrasante de destructions des habitats civils, dans certains cas avec des familles entières dedans, indique une disposition alarmante à des violations répétées des lois de la guerre ».

5) Hamas se sert des civils de Gaza comme « boucliers humains »

Jeremy Bowen, éditeur à BBC Moyen-Orient: « Au cours de ma semaine à Gaza, je n’ai pas vu d’indices de l’accusation israélienne que Hamas utiliserait les Palestiniens comme boucliers humains ». The Guardian: « Cette dernière semaine, le Guardian a vu beaucoup de gens s’enfuir de différents quartiers, et aucune indication que Hamas les forçait à rester ». The Independent: « Certains Gazaouis ont admis qu’ils avaient peur de critiquer Hamas, mais aucun n’a dit qu’ils avaient été forcés par l’organisation à rester dans des lieux dangereux et à devenir des boucliers humains involontaires ». Reuters, 2013: « Un organisme des droits humains des Nations unies a accusé mardi les forces israéliennes de mauvais traitements des enfants palestiniens, y compris de torture d’enfants en détention et d’utilisation d’autres comme boucliers humains ».

6) Le conflit actuel de Gaza a commencé avec un tir de roquettes de Hamas le 30 juin 2014

Times of Israel: « Les membres de Hamas ont été derrière une grande salve de roquettes qui a touché Israël lundi matin, pour la première fois depuis des années, le groupe islamiste a défié directement l’État juif, d’après les responsables israéliens de la défense. Les sources sécuritaires, parlant sous condition d’anonymat, ont estimé que Hamas avait probablement lancé ce tir de barrage en riposte à une frappe aérienne israélienne quelques heures auparavant, qui avait tué une personne est blessé trois autres. Hamas n’a pas tiré de roquettes sur Israël depuis la fin de l’opération Pilier de défense en novembre 2012 ». The Nation: « Pendant les 10 jours de l’opération Brother’s Keeper en Cisjordanie [avant le début du conflit à Gaza], Israël a arrêté environ 800 Palestiniens sans motif ni procès, tué neuf civils et opéré des raids sur environ 1300 immeubles résidentiels, commerciaux et publics. Son opération militaire a visé les membres de Hamas relâchés au cours de l’échange de prisonniers avec Gilad Shalit en 2011 ».

7) Hamas n’a jamais cessé de tirer des roquettes sur Israël

Quotidien juif Forward: « Hamas n’avait pas tiré une seule roquette depuis [le conflit de Gaza en 2012] et avait largement supprimé les tirs de petits groupes jihadistes. Les tirs de roquettes, en moyenne 240 par mois en 2007, sont tombés à cinq par mois en 2013 ». International Crisis Group: « moins de roquettes ont été tirées depuis Gaza en 2013 que dans toute autre année depuis 2001, et presque toutes les roquettes tirées entre le cessez-le-feu de novembre 2012 et la crise actuelle ont été lancées par d’autres groupes que Hamas ; les organismes sécuritaires israéliens ont témoigné des efforts anti-roquette agressifs effectués par la nouvelle force de police de Hamas spécifiquement établie dans ce but. Comme Israël (et l’Égypte) sont revenus sur les accords de 2012 – dont certains étaient appliqués au mieux en pointillés – alors Hamas est revenu aussi sur ses efforts anti-roquettes ».


8) Hamas a provoqué Israël en kidnappant et en tuant trois jeunes israéliens

Quotidien juif Forward: « Le gouvernement [israélien] savait presque depuis le début que les garçons étaient morts. Il a maintenu la fiction qu’il espérait les trouver vivants comme prétexte pour démanteler les opérations de Hamas en Cisjordanie. Ce ne fut pas le seul bobard. Il était clair depuis le début que les kidnappeurs n’agissaient pas sur ordre de la direction de Hamas à Gaza ou à Damas. La branche de Hamas à Hébron – plus une famille criminelle qu’une organisation clandestine – avait un long passé d’actions sans que les leaders les connaissent, parfois contre leurs intérêts ». Correspondant BBC Jon Donnison: « Le policier israélien Mickey Rosenfeld m’a dit que les hommes qui ont tué trois jeunes israéliens sont carrément une cellule isolée, affiliée à Hamas mais n’agissant pas sous sa direction. Paraît contredire la ligne du gouvernement Nétanyahou ».

9) Le pouvoir de Hamas, pas le blocus israélien, est à blâmer pour la crise humanitaire dans la bande de Gaza


Câble du Département d’Etat US
: « Les dirigeants israéliens ont confirmé aux responsables de l’ambassade en de multiples occasions qu’ils ont l’intention de garder le fonctionnement de l’économie de Gaza au plus bas niveau possible permettant d’éviter une crise humanitaire. Les dirigeants israéliens ont confirmé, en de multiples occasions, qu’ils ont l’intention de garder l’économie de Gaza à la limite de l’effondrement sans la faire basculer complètement ». The Guardian: « L’armée israélienne a fait des calculs précis sur les besoins caloriques quotidiens nécessaires pour éviter la malnutrition pendant un blocus imposé sur le territoire palestinien entre 2007 et mi 2010, d’après les dossiers rendus publics mercredi après une ordonnance du tribunal. Le groupe de défense israélien Gisha a mené une longue bataille judiciaire pour rendre public le document. Ses membres ont dit qu’Israël a calculé les besoins caloriques de la population de Gaza pour restreindre la quantité de nourriture lui étant permise ».

10) Le gouvernement israélien, contrairement à Hamas, veut une solution à deux Etats

Times of Israel: « [Nétanyahou] a explicité clairement qu’il ne pourrait jamais en aucun cas approuver un État palestinien pleinement souverain en Cisjordanie. Au cœur du conflit actuel, a-t-il développé, ‘Je pense que le peuple israélien comprend maintenant ce que j’ai toujours dit : il ne peut pas y avoir de situation, sous aucun accord, dans laquelle nous renonçons au contrôle sécuritaire sur le territoire à l’ouest de la rivière Jourdain ».

11) Tous les analystes sérieux sont d’accord que Hamas et non Israël a commencé le conflit actuel

Nathan Thrall, grand analyste Moyen-Orient à International Crisis Group
, écrivant dans le New York Times: « L’escalade actuelle à Gaza est le résultat direct du choix par Israël et par l’Occident de faire obstacle à la réalisation de l’accord de réconciliation palestinien d’avril 2014 ». Henry Siegman, ancien directeur national à l’American Jewish Congress, écrivant pour Politico: « L’assaut israélien sur Gaza n’a pas été déclenché par les roquettes de Hamas dirigées sur Israël mais par la détermination d’Israël d’abattre le gouvernement palestinien d’unité formé début juin, même alors que ce gouvernement s’était engagé à honorer toutes les conditions imposées par la communauté internationale pour la reconnaissance de sa légitimité ».

Mehdi Hasan est directeur politique de Huffington Post UK

Traduction : JPB-CCIPPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Huffington Post