L’affaire est rapportée par le blog « Panamza » . Dimanche après-midi, des groupuscules sionistes ont organisé une manifestation contre le musée du Jeu de Paume pour protester contre la tenue d’une exposition palestinienne jugée scandaleuse. Par crainte de débordements, le musée a fermé ses portes au public.

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« Bonjour. Vous prenez beaucoup de photos, je trouve ».

Vêtu d’un blouson en cuir et doté d’une fine moustache grisonnante, l’homme qui m’aborde ainsi ne semble pas apprécier que je puisse capturer les images d’un rassemblement pourtant public.

« Oui, et alors? »

« Je trouve cela curieux… » me répond-il avant de m’accompagner -contre mon gré- à mon départ.

-Tu sais quoi? Tu vas les oublier, ces images! »

-C’est une menace? »

-Tu vas voir… »

SA                                                                                                                                                          

Bienvenue dans la mouvance ultra-sioniste de France. Ce dimanche, en plein coeur de Paris, cet homme a tenté de m’intimider en raison de ma couverture photographique d’un événement singulier : le rassemblement de groupes radicaux et pro-israéliens devant un établissement culturel afin de faire censurer une exposition artistique.

A l’appel de l’association Europe-Israël, de la Ligue de défense juive, du site Dreuz.info et du Centre Simon Wisenthal de Los Angeles, une cinquantaine de militants sionistes se sont ainsi réunis sur la place de la Concorde pour entonner l’hymne israélien et faire connaître leur colère.

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L’objet du scandale? L’usage du terme « martyr » pour désigner certains hommes représentés dans la série produite par la photographe Ahlam Shibili. Celle-ci a depuis reçu des menaces de mort.

Par sécurité, le musée a annoncé sur son site avoir décidé de « fermer exceptionnellement » son accès au public pour la journée entière de dimanche.

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A juste titre : en novembre 2010, le musée d’Art moderne avait été violemment investi par des nervis de la LDJ. Ces derniers, exaspérés par une exposition consacrée à Gaza, avaient alors harcelé les visiteurs et tenté de les dissuader de rester sur les lieux.

Aujourd’hui, devant des passants médusés par l’incongruité de la scène, ces jeunes extrémistes étaient également présents pour crier en hébreu « Le peuple d’Israël vivra! ».

 

 

En quittant les lieux sous la menace explicite du moustachu, deux autres hommes m’ont suivi de très près. L’un d’entre eux, déguisé à la manière des « Men in black » et arborant une oreillette, tenta alors de m’aggripper et me demanda séchement de m’arrêter.

« -Qui êtes-vous?

-Service d’ordre. Vous devez vous arrêter. Que faisiez-vous là?

-Ne me touchez pas. Montrez-moi votre carte de police.

-C’est le service d’ordre du rassemblement, Monsieur. Je vous demande de vous arrêter et de nous répondre.

-Vous n’êtes pas de la police, je n’ai rien à vous dire. »

Les deux hommes, comprenant que je ne me plierai pas à leur manoeuvre, abandonnent. Face à nous, à quelques mètres de là, des gendarmes surveillent les lieux. Sans leur présence, les choses auraient pu mal finir.

Hicham Hamza